27 mars 2025

Voisin, les frères

Les deux frères Voisin, Gabriel et Charles, exploitent un atelier de mécanique à Lyon en 1906. Ils travaillent sur des prototypes de planeurs et s’intéressent à l’Eole de Clément Ader traité précédemment sur Historim.fr, le site de notre association.

En 1907 les deux frères s’installent à Billancourt et deviennent constructeurs d’avions biplans pour Léon Delagrange et Henri Farman. C’est à bord d’un avion Voisin que Henri Farman réalise le premier kilomètre en circuit fermé à Issy-les-Moulineaux.

Sur un appareil Voisin, Farman accomplit le premier vol de ville à ville de Bouy à Reims (27 km).


Le 30 octobre 1908, l’aviateur Henri Farman se rend du camp de Châlons
à Reims (27 km) en 17 minutes ; 95 km/heure. 
De passage sur le territoire du
Petit-Sillery, le bruit du moteur effraye un cheval, c’est une nouvelle éducation des chevaux
à refaire à peine accoutumés aux automobiles.© DR


Les deux frères s’exercent en 1911 à la fabrication d’avions amphibie sur la Seine, le second se dénomme 
Canard
Charles Voisin disparaît dans un accident de la route dans le Rhône en 1912. La Première Guerre Mondiale offrit de nombreux débouchés aux constructeurs d’avions dans les domaines militaires de la reconnaissance et du bombardement.


De nombreux militaires sur une exposition d'aéroplanes à Belfort en 1913. © DR

1915 - Avions Voisin au parking d'Issy-les-Moulineaux. En arrière plan : l'usine SEV © 

Après cette guerre, Gabriel Voisin s’intéresse à la construction automobile. Il meurt en 1973.


Le boulevard des frères Voisin se situe dans le 15e arrondissement de Paris sur une partie tandis que son côté pair et une partie du côté impair se situe sur Issy-les-Moulineaux.
A. Bétry

21 mars 2025

Maires et noms isséens

Les municipalités sont créées sous la Révolution française. C’est le cas d’Issy séparé des Moulineaux jusqu’en 1893. La commune fait partie du département de la Seine jusqu’en 1968, année de création du département des Hauts-de-Seine.

 Hôtel de Ville inauguré en 1895 par Henri Mayer. Cette portion de la rue Renan est devenue rue du Général Leclerc après la guerre.


Depuis 1790, trente-six maires ont dirigé la commune dont le dernier en date, M. André Santini, bat largement le record de longévité. Cinq maires ont exercé des mandats séparés par une ou plusieurs années tels Nicolas Bargue, Georges-Christ Minard sous Louis-Philippe puis sous la IIIe République, Henri Mayer, Justin Oudin et Fernand Maillet sous la IVe République.

Porte de l’immeuble, 42 rue Renan avec le nom du maire Mayer sur le linteau


Seuls neuf maires, en fonction depuis la seconde moitié du XIXe siècle, ont donné leur nom à une rue ou à une place, dans le quartier de l’Hôtel de Ville le plus souvent. Sous la IIIe République, ce sont Édouard Naud, Charlot, Georges-Christ Minard, Henri Mayer et Auguste Gervais. 
Henri Mayer (1894-1903) inaugure l’actuel Hôtel de Ville en 1895, il exerce un nouveau mandat de 1908 à 1911. Il est aussi le propriétaire d’un magasin 42 rue Renan dont le nom À la tour Eiffel est symbolisé par une enseigne métallique toujours en place depuis 1892. Quant à Justin Oudin, son nom est donné à des écoles maternelle et élémentaire.


Avenue Victor Cresson. Le nom du maire mort en déportation fut donné au début de l’avenue de Verdun.






Après la Seconde Guerre mondiale, le nom de Victor Cresson, mort en déportation, est donné à une partie de l’axe principal isséen reliant la Porte de Versailles à Meudon. On honore Jacques Madaule et Bonaventure Leca sur leur place respective. Le nom de Raymond Menand est lui, attribué à un mail dans le quartier de l’Hôtel de Ville.

                    


Buste de Bonaventure Leca dans le square éponyme/ Le seul maire dont le buste est dans un jardin public. 


Un grand merci à la SEM Issy Media (dirigée par M. Éric Legale) pour la liste des maires dans le Guide pratique d’Issy-les-Moulineaux paraissant chaque année.




Mail Raymond Menand maire de 1973 à 1980, prédécesseur de Mr André Santini. 
Ce mail débouche sur le Conservatoire Niedermayer.

 

Texte et photographies  P. Maestracci

18 mars 2025

Rue du docteur Lombard

Cette rue d’à peine 300 mètres de long relie la place de la Résistance à l’avenue de Verdun. Elle est dans l’axe du boulevard des Îles sur l’île Saint-Germain qui mène à Boulogne-Billancourt, ce qui explique son nom d’origine, la rue de Billancourt. Son nom actuel rend hommage à un bienfaiteur de la ville au XIXe siècle.

Ancien immeuble © Michel Jullien
Au début du XXe siècle, il y a encore surtout des jardins sauf lorsqu’on se rapproche de l’avenue de Verdun. Des logements existent ainsi qu’une chapelle Sainte-Lucie qui fut démolie en 1986 et remplacée par l’école des Ajoncs dans le cadre de la ZAC (Zone d’Aménagement Concerté) Sainte-Lucie. Une église du même nom fut construite en 1937, plus proche de l’avenue et deux fois plus vaste.

Construction en place de l'ancien immeuble © P. Maestracci 

 





Progressivement, des immeubles sont construits. Le plus spectaculaire est celui qui fut construit au-dessus de la rue lors de l’aménagement de la zone comprenant le Centre commercial des Trois-Moulins. Le portail d’entrée de l’usine Gévelot qui était à l’est de la rue du docteur Lombard a été déplacé de la place Gévelot dans la rue, non loin du square de la Résistance.



   



Détail du portail de l’entreprise Gévelot. La sculpture en bronze, sous une tête de lion, est composée d’armes comme le casque mais aussi un fusil abaissé symbole de paix. Cela évoque le proverbe latin : « si tu veux la paix, prépare la guerre. »
© P. Maestracci




Rue du docteur Lombard, vue vers le nord avec l’immeuble de bureaux construit au-dessus de la rue. 
© P. Maestracci







13 mars 2025

L'Aéro-Club de France

Fondé en octobre 1898, l’Aéro-Club de France se donne pour vocation « l’encouragement à la locomotion aérienne sous toutes ses formes et dans toutes ses applications ».


Henri Farman



Dès 1900 à l’Exposition universelle de Paris se déroule le premier Congrès mondial d’aéronautique. C’est dire l’intérêt suscité par cette discipline car il ne s’agit à l’époque que de vols en ballons libres. 
En 1906, un donateur américain, James Gordon-Bennett, journaliste, propriétaire du New York Herald crée une compétition qui deviendra un événement international et portera à jamais le nom de « Coupe James Gordon-Bennet ».
Les essais ou travaux embryonnaires sur les aéroplanes sont encore du domaine artisanal.
C’est l’ère des courses et des compétitions qui insufflent 
créativité et émulation.
Ainsi le Brésilien Santos-Dumont, est reconnu comme premier pilote d’un engin que l’on « dit plus lourd que l’air » à Bagatelle le 12 novembre 1906.
C’est l’occasion pour un grand nombre de fanatiques et de passionnés de présenter au grand public le fruit de leurs travaux.                                                                    

Henri Farman à Issy-les-Moulineaux
En 1908, le 13 janvier, à Issy-les-Moulineaux, Henri Farman sur un aéroplane construit par les frères Voisin réussit le premier kilomètre en circuit fermé. Le pilote sait désormais faire virer l’avion, ce qui lui rapporte la somme de 50 000  francs-or (de quoi lui donner des ailes !).
Les trois frères Farman, de père anglais et mère française, un trio qui a marqué l’histoire ! 
Henri (1874-1958) est un pionnier de l’aviation et constructeur d’avions ; Maurice (1877-1964), est un coureur cycliste et automobile, pionnier de l’aviation avec son frère ; Dick (1872-1940), est ingénieur aéronautique.

1907 : création des ateliers Farman à Issy-les-Moulineaux.
1912 : création société aéroplane Henri et Maurice Farman. 

S’en suivent des émules comme les frères Wright, américains passionnés de ce qui vole et qui créent d’abord une école à Auvers près du Mans, puis à Pau.
 
Le capitaine Ferber, l’un des plus avisés de son temps, dont une rue d’Issy porte le nom, (voir le 28 janvier 2024) crée à son tour une école. A l'initiative de l'Aéro-Club de France, est créée en 1908 une Chambre syndicale des industries aéronautiques devenue aujourd'hui (GIFAS), le Groupement des Industries Françaises et de l'Espace.
A droite, l'un des frères Wright
A. Bétry - Suite dans d’autres aventures de l’air


7 mars 2025

Charles Boumrar, un Isséen heureux

Charles Boumrar est né dans la maison familiale, 29, allée de la Seine (actuelle rue Pierre-Poli) en pleine guerre. Son père Rabah, d’origine kabyle, est né en Algérie. Sa mère Juliette est née à Saint-Etienne-du-Mont, dans le Pas-de-Calais. 

Ses parents viennent s’installer à Issy-les-Moulineaux sur l’île Saint-Germain. Le pavillon familial se trouvait au carrefour d’une allée bordée de cinq pavillons de chaque côté, habités par des Arméniens, des Italiens et des Espagnols. À cette époque, les propriétaires de pavillons n’avaient pas la propriété des terrains. La propriétaire de ceux-ci venait encaisser les loyers tous les trois mois. En 1955, il y eut 50 centimètres d’eau de la Seine au rez-de-chaussée de la maison familiale.

Le père de Charles est mobilisé en 1939 mais libéré en raison de sa famille nombreuse. Il travaille chez Renault à Boulogne-Billancourt dont les bâtiments subissent de nombreux bombardements alliés. L’Intendance allemande occupait alors le parc de l’île Saint-Germain. Lors des alertes, les Isséens se réfugiaient dans les champignonnières (anciennes carrières, avenue de Verdun). Rabah, faisait partie du COSI (Comité Ouvrier de Secours Immédiat). Le 4 avril 1943, il vient rue Heinrich avec son équipe équipée de pelles et des pioches déblayer un immeuble de six étages dont une partie s’est effondrée ; l’autre partie s’écroule sur les sauveteurs dont on ne sait s’il y eut des survivants. Rabah Boumrar est déclaré « mort pour la France » par décision ministérielle le 16 août 1944. Charles devient alors Pupille de la Nation comme ses trois grandes sœurs. Sa maman se retrouve veuve avec ses dix enfants issus de deux mariages dont quatre du mariage avec Rabah : trois filles et le dernier-né Charles.

Sa scolarité et les loisirs

Charles va à l’école Paul-Bert jusqu’à douze ans. Comme le lycée Michelet à Vanves était trop loin, il intègre, en passant le concours d’entrée comme il était de tradition, le cours complémentaire Anatole-France où il reste pendant deux ans. Ses sœurs sont scolarisées au Centre de Formation professionnelle de secrétariat Voltaire.

Charles et son entourage dans l’actuelle rue Pierre Poli. Il est au centre tout près de sa chère maman et entouré d’amis. Derrière le groupe, il y a un terrain vague (utilisé par la suite pour construire un foyer de travailleurs) ; de l’autre côté de la rue, c’était le stade des Orphelins d’Auteuil. Au loin, la Seine au-delà de la rangée de peupliers.

Après avoir fréquenté le patronage de Sainte-Lucie, il profite avec bonheur du patronage municipal laïc rue Marceau ainsi que des colonies aux Sables-d’Olonne pendant deux mois d’été dont il garde un souvenir ébloui de l’hébergement en baraquements, la vue sur la mer, le bois de pins. Il se souvient également du camping du patronage laïque à la Ferté-Alais avec une tente-marabout de l’Armée américaine pour vingt filles et une autre pour vingt garçons. La famille était très pauvre mais bénéficiait de quelques aides de la Mairie. « La Mairie distribuait des godillots pour les enfants une fois par an. Ma mère n’a jamais payé ni cantine ni colonie ». Charles allait au cinéma grâce au patronage dans plusieurs salles : le Novelty, le Casino, le Moderne, le Casino du Parc et l’Alhambra où il a vu Gérard Philippe dans Le Cid.

Charles se définit comme « un enfant de la rue. » Il y avait une corde pour se balancer au-dessus de la Seine mais, hélas c’est un jeu dangereux, car il se souvient qu’un jeune Arménien de dix ans s’est noyé. 

Le quartier de l’île Saint-Germain

Les nationalités étaient nombreuses : « des Russes blancs souvent chauffeurs de taxis, des Chinois, des Arméniens, des Italiens fuyant Mussolini, des réfugiés espagnols et portugais, ceux-ci au milieu des années 60… De temps en temps, un Arménien sortait son fourneau pour cuisiner et tout le monde chantait. » Sur les terrains vagues, des céréales étaient mises à sécher. Il y avait beaucoup de Maghrébins vivant dans quatre foyers tenus par un ancien militaire. » La plupart travaillait dans les usines Renault ou dans les petites entreprises artisanales. « Tout le monde vivait en bonne intelligence. »

Il y avait aussi des petits artisans, des casseurs de voitures pour revendre la ferraille, des charbonniers. Mais il y a aussi « une bande de gangsters dans les années 50 qui ont d’ailleurs été condamnés à perpétuité. »

Les commerces étaient nombreux. Ainsi, avenue du Bas-Meudon, « Le Tabac des Sports était un lieu de rencontre avec une salle de bal, une salle de billard, une salle de boxe. Il est devenu un restaurant. Il y avait aussi Le Comptoir français (chaîne d’épiceries), deux boucheries dont l’une chevaline, une droguerie, deux ou trois épiceries, deux boulangeries, plusieurs cafés dont la République de Saint-Marin, pour les Italiens et deux ou trois cafés-hôtels pour les Maghrébins » 

L’île Saint-Germain comprenait aussi l’îlot Chabanne ; une passerelle reliait les deux îles. Un jour, un cheval est tombé de cette passerelle dans le fleuve. Les pavillons sur l’île étaient souvent inondés. Lors d’une crue dans les années 60, le plancher d’un pavillon s’effondra et « une gamine s’est noyée. »

Sa vie professionnelle

Charles commence à travailler à l’âge de 14 ans et demi dans l’usine Les Forges et ateliers de Meudon ; il y va sur un vieux vélo récupéré dans la seine et rafistolé. Il travaille sur une machine de filetage et de taraudage 9,5 heures par jour du lundi au vendredi, voire le samedi matin en cas d’urgence. En raison de sa minorité, son salaire est inférieur de 25 %. « Je donnais tout à ma mère et elle me donnait mon argent de poche » dit-il.


Charles Boumrar (photographie P. Maestracci)
au 
Café Français, place Paul Vaillant-Couturier



À 19 ans et demi, il accomplit ensuite pendant 18 mois son service militaire en France en tant que pupille de la Nation. Il est affecté au « Service du Matériel ». Il apprend la comptabilité ainsi que la conduite et obtient son permis militaire ce qui lui permet de valider ensuite son permis civil.  Revenu à la vie civile, après avoir exercé divers métiers (aide-comptable, vendeur), il devient pendant huit ans chauffeur-livreur pour un laboratoire à Boulogne-Billancourt. Il reste fidèle à l’île Saint-Germain et y fonde une famille et a un fils ; il réside à nouveau dans sa rue d’enfance. Puis il devient chauffeur de taxi quelques mois avant de devenir le chauffeur du directeur d’une grande banque, et à ce titre, dispose d’un logement de fonction à Issy-les-Moulineaux jusqu’à sa retraite.

En retraite

Toujours résident à Issy-les-Moulineaux, Charles devient un joueur de bridge passionné au sein du Bridge Club Isséen.  

Pour conclure, laissons-lui le dernier mot : « J’ai eu la chance de n’avoir que des sœurs au-dessus de moi. La vie était belle, j’étais choyé, je me suis baigné dans la Seine jusqu’à 18 ans. J’ai pêché des écrevisses grâce à mon épuisette fabriquée avec un manche à balai et des bas nylon récupérés. »

Un grand merci pour nous avoir raconté sa vie avec autant d’optimisme.

 Texte : F. Grimbert et P. Maestracci


28 février 2025

La Solitude, chapelle néogothique - "2"

Suite texte du 12 février (La Solitude, chapelle néogothique) "1".

Quand un siècle plus tard, le Séminaire de Saint-Sulpice est protégé au titre des Monuments Historiques que ce soit par simple inscription (pour l’ensemble, par arrêté du 16 février), ou par classement (arrêté du 12 avril 1996, pour un nombre choisi d’ouvrages de qualité et d’intérêt supérieurs), cette chapelle figure dans le second arrêté qui institue une protection maximale. C’est le seul parmi les monuments de « La Solitude » à y être inclus, aux côtés d’autres très prestigieux situés dans la parcelle principale (la Grande Chapelle, le nymphée notamment).

Pourquoi cet intérêt 
et cette distinction ?

Dès le premier regard, la façade séduit par une composition particulièrement heureuse, qui ne souffre pas du positionnement décalé du portail principal sur la droite. Au contraire, par l’asymétrie qu’il génère, il participe, voire ajoute, au pittoresque du parti général, où se distinguent notamment la silhouette découpée des gables et des pinacles, ainsi que les motifs décoratifs et les modénatures d’inspiration médiévale. Manifestement la référence ultime de l’élévation est la Sainte Chapelle (dans des dimensions plus réduites évidemment) : sous la toiture de grande hauteur, les fenêtres aux remplages typiquement gothiques alternent avec des contreforts étroits et ouvragés qui donnent à l’ensemble un mouvement ascendant. Quelques figures sculptées sont distribuées sur le pourtour, notamment sur le mur-pignon de l’entrée. Ce sont celles de moines appartenant à d’importants ordres religieux créés au Moyen Age, dont les Bénédictins et, reconnaissables à leur chapelet, les Dominicains.

 

A l’intérieur, l’espace, à la hauteur caractéristique du gothique, frappe par l’impression de vie qui s’en dégage et dont le charme opère sur le visiteur autant que sur le fidèle. Le décor et la statuaire – plus abondants qu’à l’extérieur – créent un univers animé où l’œil est sollicité de toutes parts. On remarque tout juste au sommet du mur d’entrée un dispositif curieux : une fenêtre de second jour qui ouvre sur un petit oratoire situé à l’étage du bâtiment d’habitation (et classé M H en raison de son lien avec la chapelle).

Les murs de la nef sont largement percés de hautes baies jumelées, dont les vitraux tamisent la lumière. Dans des lobes se détachant sur fond de rinceaux, sont représentés des sujets choisis à l’image des vitraux de la cathédrale de Bourges (XIIIe siècle) : épisodes de la Bible, scènes de la vie du Christ ou figures de saints et de martyrs.

 


Tout le reste des élévations est paré de statues en pied qui se déploient en deux registres principaux. Le registre supérieur, réservé aux apôtres, met chacun d’entre eux en valeur en adoptant un parti architectural assez élaboré, comprenant un dais et un socle porté par un ange en surplomb. Le registre inférieur attire et retient davantage l’attention : il aligne, en une seule rangée de petites niches régnant sur tout le pourtour, les statuettes des 72 disciples de Jésus. Ce sont en quasi-totalité des ecclésiastiques : des moines, des évêques (beaucoup), revêtus d’amples robes et priant, lisant d’épais livres, prêchant, portant un crucifix… Leurs postures et leurs gestes variés, les attributs qui les différencient animent sans conteste leur procession immobile. Mais c’est surtout par leur multitude qu’ils impressionnent. 

Dans le chœur, les statues imposantes des quatre grands Docteurs de l’Eglise latine (Saint Amboise, Saint Augustin, Saint Grégoire et Saint Jérôme) entourent une Vierge à l’Enfant majestueuse et pleine de vie qui, derrière l’autel, ressort avec force sur le fond très coloré d’une chapelle à la voûte octopartite de dessin plutôt sophistiqué.
 
Par sa volumétrie, sa composition et son programme sculpté, cette chapelle se présente comme une œuvre néogothique parfaitement homogène. Par sa date de construction, elle compte d’ailleurs parmi les premiers édifices cultuels de ce style réalisés en France. Elle est exactement contemporaine des grandes restaurations entreprises dans les églises médiévales de Paris (Saint-Germain-l'Auxerrois, Notre-Dame de Paris débutée en 1844) dans un contexte plus général de redécouverte de l’architecture du Moyen Age. 
C’est son décor surtout qui en fait un parfait exemple de l’art néogothique : opulent, fouillé, presque pompeux, bref « flamboyant ». Il confine au genre dit « troubadour », non exempt d’un certain romanesque, comme en témoigne la façon finalement distrayante, sinon plaisante, dont la galerie des disciples renoue avec une certaine tradition médiévale. 


Une question se pose alors : comment s’explique ce recours au néogothique, jusque dans ses manifestations les plus extrêmes ? Et plus particulièrement, que représente ce style à cette époque ? Répond-il uniquement à des considérations esthétiques, ou fait-il aussi écho à des valeurs et à des partis symboliques plus puissants ? Pour le courant « troubadour », la réponse est simple. Il rencontrait depuis les premières années du XIXe siècle un engouement extraordinaire dans la peinture historique et, plus encore peut-être, en littérature avec la parution d’œuvres auxquelles peut se rattacher le célèbre « Notre-Dame de Paris » de Victor Hugo (1831). La résurrection des formes médiévales dont il participe connaît parallèlement une vogue semblable dans tous les domaines de l’art. Sur le plan architectural, qui nous intéresse plus spécifiquement, on parle de « Gothic Revival ». En complète réaction au rationalisme des Lumières, celui-ci s’attache à mettre l’accent sur les effets visuels et les valeurs émotives de l’art. Il exalte par-dessus tout le pittoresque et le sublime. Les atmosphères de mystère qui en découlent s’accordent parfaitement avec le sentiment religieux prévalent à l’époque. Le néogothique apparaît dès lors tout spécifiquement approprié à l’architecture sacrée, celle des églises et des chapelles.
Comme de surcroit il s’inscrit dans une réaction contre un art classique issu de l’Antiquité païenne, il peut s’interpréter comme une démarche d’enracinement dans les valeurs chrétiennes. Dans cette optique, il finira d’ailleurs par se poser en symbole d’un renouveau de la foi religieuse. Dans le même temps et suivant le même processus, il fait volontiers figure de nouveau « style national » : par-delà le classicisme d’origine italienne et plus anciennement romaine et grecque, il fait référence aux traditions et au passé nationaux et ouvre ainsi une voie privilégiée vers le « génie » de la France éternelle. (A l’époque, l’architecture du XIIIe siècle, particulièrement florissante en France, se voit reconnaitre une sorte de supériorité dans l’art du Moyen Age dont le modèle se trouve dans les grandes cathédrales et chapelles palatines, et notamment Notre-Dame de Paris et la Sainte-Chapelle). Comme tel, chez les membres du clergé et des congrégations qui en ce début du XIXe siècle postrévolutionnaire reviennent se fixer sur la terre de leurs aînés, le choix du néogothique vient donc incontestablement conforter une affirmation de leur sentiment de légitimité historique. 

Lithographie de la Solitude en 1826
Or c’est bien précisément ce qui est en jeu dans la chapelle de « La Solitude », qui réussit si heureusement à restituer une atmosphère médiévale. Pour la Compagnie de Saint-Sulpice, le néogothique, considéré comme le style par essence des nouveaux édifices cultuels, 
traduit un retour aux sources, après un temps d’épreuve où la propriété, dernière parcelle de l’ancien domaine du Séminaire à être rachetée après la Révolution, lui a échappé pendant ¼ de siècle. Ce sentiment devait perdurer longtemps. Au milieu du XXe siècle encore, le Vice-Supérieur de Saint-Sulpice continuait à affirmer dans la brochure qu’il rédigeait : « Dans cette chapelle, c’est toute l’histoire mystique de la Compagnie qui s’y trouve résumée et qui rappelle nos grands souvenirs et garde son mystère ». (P. Boisard, Issy, le Séminaire et la Compagnie de Saint-Sulpice, 1942).
Florian Goutagneux

 

20 février 2025

Clément Ader, 1841-1925

Clément Ader, né à Muret en Haute-Garonne en 1841, ingénieur de formation semble être un pionnier travaillant seul, mis à part, très jeune un premier emploi dans la Compagnie des chemins de fer du Midi. Mais aussi inventeur il met ses compétences dans des projets les plus variés. Pendant la guerre de 1870 la mobilisation le conduit dans une fabrique de ballons captifs.


L'ingénieur Clément Ader, qui installa les premières lignes téléphoniques françaises, a attaché son nom à l'Avion, le premier aéroplane essayé en plein air.




Il lit, réfléchit et s’imprègne de théories dont la plupart n’ont jamais été vérifiées. Les écrits de Léonard de Vinci l’inspirent énormément, comme : 
« Ton oiseau ne doit avoir d’autre modèle que la chauve-souris, car ses membranes sont l’armature ou plutôt, les ligaments des pièces de son armature, c’est à dire la charpente des ailes ».
A partir de ces études prophétiques, Ader décide d’analyser de manière scientifique le vol animal. C’est la roussette des Indes, chauve-souris qui sert d’observation à notre autodidacte ; parce que l’envergure de l’animal peut atteindre un mètre d’envergure.
« Tous ceux qui s’occupaient de navigation aérienne étaient traités d’utopistes » déclarait-il en 1925 peu de temps avant sa mort.
Le 19 avril 1890, Ader définit » un appareil ailé pour la navigation aérienne dénommé « Avion » du latin avis (oiseau).


L'Avion N.3 de Clément Ader, fut la première machine volante essayée en France. Bien que cet appareil évoque la chauve-souris, il n'en est pas moins un aéroplane ailes rigides. Pourvu de deux moteurs vapeur de 20 Ch actionnant chacun une hélice à quatre pales en barbe de bambou, l'avion fut essayé à Satory le 14 octobre 1897, sur une piste circulaire de 1 500 mètres. Un coup de vent amena son départ hors de la piste et son bris, lorsqu'il n'avait encore qu'à peine quitté le sol sur les courtes distances.






Le 9 octobre 1890, grâce à la complicité de son ami banquier et propriétaire Gustave Pereire, qui a fait construire pour la circonstance une piste de 200 mètres de long sur 25 de large, à bord de son avion baptisé Eole, Clément Ader, décolle depuis le château d’Armainvilliers près de Gretz en Seine-et-Marne.
Sur une distance de 50 mètres l’Eole s’est laissé porter par l’air.
Mais la question se pose : Ader a-t-il véritablement décollé ? Et dans l’affirmative, s’agit-il d’un vol, ou plutôt d’un « bond » plané ? 
L’événement lui-même gardera son secret : décollage ou pas, aucune autorité officielle et autorisée à valider l’expérience ne se trouvait pour consacrer les travaux de l’ingénieur français. Tout au plus, un procès-verbal stipule que « l’Avion n° 1 » portant le nom d’Eole et monté par monsieur Ader, son inventeur, a perdu terre et s’est maintenu dans l’air sur ses ailes en rasant le sol sur une distance de cinquante mètres avec la seule ressource de sa force motrice.

A. Bétry
sources : nombreux ouvrages sur l'aviation de Bernard Marck


L'aventure Aviation se poursuit chronologiquement sur des lieux plus proches de chez nous, Isséens.

18 février 2025

Métamorphose d'Issy-les-Moulineaux


Cet ouvrage réalisé à l’initiative du CCA (Conseil communal des Anciens) et du CCAS (Centre communal d’Action sociale) présente les souvenirs de seize Isséens dont certains vivent dans la commune depuis leur naissance. Il finit par un entretien avec M. André Santini, maire de la commune, ancien ministre et vice-président de la Métropole du Grand Paris.

Le premier témoignage, celui d’Yves L., concerne la famille Legrand installée avant la Grande Guerre et dont l’activité professionnelle des générations suivantes se poursuit 113 bis, avenue de Verdun avec la boutique Yves Legrand et le Chemin des Vignes.

Plusieurs Isséens parlent des usines comme Gévelot dans le quartier de la Ferme, la Blanchisserie de Grenelle (quartier Val-de-Seine) et la Manufacture des Tabacs et SEV-Marchal (quartier Corentin Celton-Les Varennes). Si l’activité industrielle a disparu comme la plupart des bâtiments, il subsiste la Manufacture des Tabacs et le portail de Gévelot.

D’autres témoignages évoquent les boutiques de proximité dans plusieurs quartiers, les logements privés ou sociaux, voire la caserne de la Gendarmerie. Certains lieux sont évoqués : le parc Henri Barbusse, les bains-douches de la place d’Alembert ou la « cour des miracles » rue Prudent Jassedé, remplacée depuis par le Centre administratif municipal et des ILN.

Quelques événements marquants sont rappelés : la crue de la Seine en 1910, la 2e DB en 1944 ou l’effondrement en 1961 aux Épinettes, boulevard Rodin.

Tous les témoignages sont judicieusement illustrés grâce à des documents et à des photographies anciens ou contemporains.

Un grand merci à Françoise qui m’a fait découvrir ce livre mémoriel.

P. Maestracci